Depuis quelques temps, il y a un jeu-vidéo qui déchaîne la colère des joueurs du monde entier : Fallout 76. Le jeu se révèle bourré de bugs très gênants, de graphismes dépassés etc... Mais en quoi un jeu bugué est-il illégal me dirais vous ?

Erreur sur la marchandise

Le jeu Fallout 76, édité par Bethesda Studios a été vendu comme un produit fini et un tout nouveau projet pour le studio qui a mobilisé, selon ses dires, toutes ses équipes. Toutefois, dans les faits, le produit est loin d’être achevé. Pour preuve, dès sa sortie, le jeu pour pouvoir être jouable, imposait une mise à jour de : 58 go (soit le poids d’un jeu à part entière).

Après quelques heures, les joueurs s’aperçoivent qu’il s’agit en réalité d’une beta pourtant vendue au prix de 70 euros (soit le même prix qu’un jeu comme Red Dead Redemption 2 qui aura pris 8 ans de développement).
De plus, le jeu dans certains aspects, est un copié collé d’anciens jeux du studio (avec ses qualités et ses bugs aussi).

Chose assez commune avec les sorties de jeux vidéos, les éditeurs proposent des « éditions spéciales » dans lesquels figurent des accessoires et des figurine exclusives etc... N’échappant pas à la tradition, Fallout 76 annonçait dans son édition spéciale (à 200 euros tout de même) un sac fait en canvas qui est une matière noble et très résistante utilisée notamment par la marque Louis Vitton. Toutefois, à la place, les joueurs ont eu la mauvaise surprise de découvrir un sac en
nylon.
Un joueur mécontent a donc tenté de joindre le service client qui lui a répondu que « le sac en canvas était un prototype, il était trop cher à produire. Nous ne comptons rien faire pour rembourser les joueurs déçus » (pour les anglophones : Lien vers la discussion Reddit).

Finalement, l’éditeur pour se racheter a tenté de proposer de la monnaie virtuelle au jeu à hauteur de 5 euros en dédommagement (rappelons le prix de l’édition spéciale : 200 euros).

Cette pratique s’appelle pourtant du « false advertising ». En France, c’est le Code de la
consommation qui protège les consommateurs contre de tels procédés avec les articles L217-4 et
L217-5 du code de la consommation :

  • « Le vendeur livre un bien conforme au contrat et répond des défauts de conformité
    existant lors de la délivrance »

  • « Le bien est conforme au contrat :
    1° S'il est propre à l'usage habituellement attendu d'un bien semblable et, le cas échéant
    :
    • s'il correspond à la description donnée par le vendeur et possède les qualités que celui-
      ci a présentées à l'acheteur
      sous forme d'échantillon ou de modèle ;

    • s'il présente les qualités qu'un acheteur peut légitimement attendre eu égard aux
      déclarations publiques faites par le vendeur, par le producteur ou par son représentant,
      notamment dans la publicité ou l'étiquetage »

Pour finaliser le tout, les joueurs de Fallout 76 ont remarqué qu’il était très difficile voire
impossible d’obtenir tout remboursement, chose pourtant autorisé par la loi. Le scandale a pris
une telle ampleur qu’un cabinet d’avocats américains envisage d’enquêter dans le but de
constituer une class action...

Rien ne va plus, les lootbox sont faites

Si l’histoire de Fallout 76 est dans l’actualité, on remarque que l’industrie du jeu-vidéo s’adonne de plus en plus à des pratiques douteuses qui sont pour la plupart des jeux d’argent.

Récemment, de nombreux jeux font appel à des « lootbox » ou paquets-cadeaux. Ces lootbox permettent d’obtenir des avantages dans un jeu. Jusque là aucun problème, sauf qu’après avoir payé ces lootbox, le joueur ne sait absolument pas ce qu’il obtiendra... et pour certains cela constitue un jeu de hasard ; donc interdit aux mineurs.

Ce sont les jeux Battlefront 2 et FIFA, tous les deux édités par le studio Electronics Arts, qui se sont illustrés dévaforablement en permettant aux joueurs avec le porte monnaie le plus fourni, d’obtenir des avantages afin de gagner des parties plus facilement face à d’autres joueurs. Pire, certains personnages normalement jouables n’étaient accessibles que pour certains privilégiés. Le fait de payer permet de faciliter la victoire et rompt l’égalité entre les joueurs. Ce procédé incite donc les joueurs à payer pour pouvoir rester compétitifs et profiter du jeu.

La Belgique comme les Pays-Bas ont considéré ces pratiques de lootbox illégales.

Pay to play and win

En plus de ces pratiques maintenant illégales, les éditeurs trouvent d’autres manières d’augmenter leurs gains à l’aide des « micro-transactions ». Ce sont des paiements internes au
jeu et sous forme de monnaie virtuelle qui visent à ce que les joueurs continuent de dépenser leur argent même après l’achat du jeu.

Le procédé fonctionne car il impose systématiquement de passer par une monnaie virtuelle. Ces monnaies sont souvent créées de manière à faire perdre de vue la réalité de la dépense.
Par exemple dans le cas du célèbre jeu Fortnite : 10 euros valent 1 000 V-bucks (la monnaie du jeu). Un enfant y verra une affaire, (donner 10 pour avoir 1 000!).

Si la pratique n’est pas illégale, elle mériterait d’être règlementée car ce sont, la plupart du temps, des enfants qui, après avoir enregistré la carte bancaire de leurs parents, font des achats compulsifs pour pouvoir suivre les nouveautés que propose le jeu.

Enfin, il faut évoquer les DLC (downloable content). Les DLC sont des contenus téléchargeables après l’achat du jeu et qui consistent à prolonger l’expérience et la durée de vie de l’histoire ou du contenu. Si le but est parfois honnête et permet d’étendre un jeu bien fini pour satisfaire les
joueurs; dans certains cas, il s’agit clairement du contenu original coupé en morceau et retenu pour être vendu par la suite.

La comparaison sur d’autres médias choquent : imaginez vous devoir payer pour lire le dernier chapitre d’un livre ? Pour voir les dernières minutes d’un film ? Ou pour pouvoir voir la totalité d’un tableau de maître ?

Si ces pratiques sont difficilement identifiables comme illégales car aucun texte n’existe, elles sont malhonnêtes et profitent de la particularité qu’est le média du jeu vidéo dont la particularité est d’être extrêmement évolutif.