Facebook est aujourd’hui la plateforme qui regroupe le plus grand nombre d’utilisateurs (2,13 milliards fin 2017). Elle intègre petit à petit les fonctionnalités de ses concurrents (coucou joli système de story, d’où viens-tu ?) à défaut de les racheter (Instagram). Pourtant, aucun système de news n’est encore géré par facebook. La raison ?

Au plan international, il est commun de distinguer deux régimes de responsabilité pour les acteurs de l’internet : celui d’hébergeur, et celui d’éditeur. Là où l’éditeur est responsable du contenu qu’il publie, l’hébergeur ne l’est pas. C’est du moins ce dont dispose la section 230 of the 1996 Communications Decency Act aux Etats-Unis, et son homologue français, l’article 6 de la loi pour la confiance en l’économie numérique. Ainsi si du contenu pornographique, une vidéo terroriste ou une publicité pour de la contrefaçon apparaît chez un hébergeur, celui-ci ne sera pas directement responsable du contenu.

Un tel système permet aux activités d’hébergement de continuer à exister sans avoir à dépenser des sommes astronomiques en contrôle du contenu. En effet, distinguer du contenu contrefaisant “a la mano” demande beaucoup de temps et de personnel. L’hébergeur est tout de même tenu de retirer le contenu contrefaisant si celui-ci lui est signalé par un utilisateur.

Mais comment distinguer un hébergeur d’un éditeur ? C’est très simple : l’éditeur est celui qui choisit le contenu qu’il héberge. Dès qu’un choix non automatisé est effectué, le régime de l’éditeur s’applique. Le journal l’Equipe par exemple, en ne choisissant de publier que des articles de sport, effectue ce choix.

Or facebook n’en fait pas ! Et c’est pour cette raison que sa responsabilité est limitée aux seuls contenus que ses utilisateurs lui indiquent comme étant contrefaisant. Bien mal lui en prendrai de proposer des services de presse, car dès lors il effectuerait un choix, choix qui viendrait emballé dans la responsabilité d’éditeur.

Certaines voix s’élèvent pour contester ce système, qui peut paraître inadapté. Si les “fake news” ont inondé certains comptes sociaux, c’est en partie du fait de l’algorithme de facebook. Ecrire un algorithme ne pourrait-il pas être apparenté à un choix ? D’un autre côté, si facebook essayait de tempérer les dommages causés par son algorithme en censurant certains contenus, la responsabilité d’éditeur viendrait l’obliger à effectuer un contrôle sur absolument tous les contenus diffusés sur facebook, ce qui n’a pas de quoi l’encourager.

C’est une posture délicate dans laquelle se retrouve la plateforme. Pour l’instant, facebook s’est tout de même accordé une modification : il a modifié son algorithme pour mettre en avant les contenus de vos amis. Plus d’amis, moins de soucis.