Avant toute chose; vous devez vous dire : comment ça... le jeu-vidéo... un art ?

Et bien la question mérite de se poser et surtout d’un point de vue légal. Si en France, le récent Pass Culture a pu permettre de reposer cette question, nous n’avons aucune position aboutie.

Au contraire, aux Etats-Unis, il est établi que le jeux vidéo est un art. Cette solution a été posée par la décision de la Cour Suprême des Etats-Unis [“Brown v. Entertainment Merchants Association, 564 U.S. 786 (2011)”. Les juges y ont considéré que les jeux vidéo remplissent toutes les conditions pour être protégés par le 1er amendement de la Constitution (qui protège la liberté d’expression et donc les arts) :“Comme les livres, le théâtre, les films qui les ont précédé, les jeux vidéo communiquent des idées et même des messages sociaux à travers plusieurs techniques littéraires (des personnages ont des dialogues, ils suivent une histoire, de la musique accompagne le jeu etc…) et surtout à travers l’interactivité qui leur est particulière (comme le fait que le jeu puisse interagir avec le monde virtuel en faisant des choix). Ces raisons suffisent à conférer aux jeux vidéo la protection du 1er amendement”.

Alors jeux vidéo ; art ou simple passe temps ?

Ce débat est assez intéressant puisqu’il illustre l’évolution sociétale que nous vivons. On remarque que tous les arts sont passés par une période de rejet : le meilleur exemple étant le cinéma. Seulement, le jeu vidéo souffre de son jeune âge et aussi de la violence qu’on lui attribue (Merci Mortal Kombat et GTA).
Cela est illustré par l’opinion publique. En France, pour 63 % des Français, le jeu vidéo ne relève pas de la culture selon le constat d’une étude de 2015 du ministère de la Culture et de la Communication.

Si leur statut d’art est discuté, il est en revanche important de noter que les jeux-vidéos sont protégés au titre de la propriété intellectuelle et des œuvres d’arts.

Et il est vrai que les jeux ont bien évolué depuis les Pong, Tetris ou Pac-man. Aujourd’hui, les éditeurs proposent une histoire, des personnages, un visuel et reprennent de plus en plus les codes du cinéma (motion capture avec des acteurs, scénaristes, compositeurs attitrés etc…).
L’orchestre philharmonique de Londres a d’ailleurs consacré plusieurs représentations aux musiques de jeux vidéo, reconnaissant au passage le travail des compositeurs et des artistes du jeux vidéo.

Toutefois, il faut reconnaître que le jeu vidéo est particulier, car à la différence des autres arts, il s’adapte et se modifie à chaque joueur. La plupart des joueurs ne vivront pas la même expérience selon le style de jeu, selon leurs choix ou même selon leur aptitude à manier une manette ou un clavier.
Cela entre un peu en contradiction avec l’art classique où l’artiste crée une œuvre figée que tout le monde voit, entend, ressent de la même façon (normalement, car en pratique, il faut parfois une certaine connaissance de l’art pour le comprendre).
Un jeu qui base son histoire sur des choix multiples ne sera donc pas une œuvre identique pour deux personnes.
Pour résumer, le joueur ne jouera donc pas forcément de la manière dont l’aurait souhaité le créateur et pour cette raison, le message artistique peut être altéré.

Au final et en l’absence d’une position claire de la loi ou de la jurisprudence, chacun aura son point de vue et son avis sur la question.

On peut aussi se poser la question de savoir s’il existe des jeux sur les métiers du droit ?

Il existe déjà un nombre impressionnant de jeux dont le but est d’incarner des métiers de la vie courante comme : agent d’immigration , policier et même chauffeur routier (oui oui).

Il existe donc, sans surprise, des jeux où le but est d’incarner un avocat. Le plus connu étant “Phoenix Wright” reconnaissable avec son fameux : OBJECTION !!!
Le jeu est largement inspiré de la culture japonaise et du système judiciaire américain. Car oui en France, on ne crie pas “OBJECTION VOTRE HONNEUR!!!” en plein milieu d’un procès… Le jeu, même s’il est simpliste, a au moins le mérite de montrer le rôle de l’avocat d’un point de vue ludique.

On trouve aussi un jeu appelé « Aviary Attorney » où nous contrôlons un avocat dans le Paris du 19e siècle, mais qui est un... oiseau (un faucon pèlerin pour être précis). L’univers du jeu se place dans une réalité où les humains sont remplacés par des animaux qui parlent et se conduisent comme des humains (un peu comme dans les films de Wes Anderson ou encore Zootopie).

Plus récemment, un jeu vidéo “We. The Revolution” permet aux joueurs d’enfiler la robe de juge pendant la Révolution française… Attention spoiler : ça finit mal pour beaucoup.

Bref, vous l’aurez compris, on trouve de tout aussi en termes de jeux-vidéo et peu importe et si l’envie vous prend de vouloir juger ou défendre, vous trouverez un jeu pour ça !