On a pu dire du droit qu’il est un art (en tout cas c’est ce que disent les juristes) et ce, souvent, grâce aux plaidoiries que l’on peut entendre aux cours d’assise. Certaines plaidoiries sont en effet des chefs d’œuvre d’écriture et prouvent le poids que peuvent avoir les mots sur le destin des femmes et des hommes.

Et ce n’est pas par hasard si les arts ont toujours pris pour inspiration des figures de Justice ou encore la notion du bien et du mal et ont eu pour fond un procès. La Justice (et donc le droit) fascine la population car il faut reconnaître que juger un homme revient presque du divin.

L’avocat et les juges sont donc les représentants principaux de la Justice et ont toujours été perçus comme des figures d’autorité, cultivés et toujours respectés. Ce n’est pas par hasard que les avocats et les juges portent une robe : ils participent directement à la mise en scène de la Justice comme celle d’une tragédie (ou d’un blockbuster médiatique).

On peut d’ailleurs citer bon nombre d’avocats qui se sont reconvertis dans le monde du spectacle : Xavier Demaison, Matthieu Madénian ou encore Eric Dupont Moretti que l’on a aperçu dans « Chacun sa vie » de Claude Lelouch (le film en revanche, n’est pas mémorable). Certains ont même abandonné une carrière de comédiens pour la robe comme Gilbert Collard.
Il faut en effet une bonne dose de théâtralité pour parler et convaincre un juge et des jurés... bref un public.

C’est peut être pour cette raison que les «10 arts » (et oui vous avez bien lu 10) ont souvent eu pour thème le monde juridique en raison de cette aura artistique.

Tour d’horizon rapide et non-exhaustif du droit dans différents arts.

Partie 1 : Dans la littérature...

La littérature est un des arts les plus accessibles. Les livres sont encore un bien culturel très apprécié partout dans le monde et reste une industrie culturelle très importante.

Parmi les genres les plus appréciés, notamment en France, on remarque le « polar » ou « thriller ». Il est le plus populaire et démontre une certaine fascination de la population pour le crime, le fonctionnement (mais aussi le dysfonctionnement) de la Justice.

La littérature met donc souvent en scène des procès, des crimes mais sert aussi à dénoncer certaines injustices au travers de plusieurs histoires parfois inspirées de faits réels.

L’un des romans les plus notables sur le rôle de l’avocat reste : « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » (ou « To Kill a Mockinbird » in english) de Harper Lee où l’on suit l’avocat « Atticus » chargé de défendre un homme noir accusé de viol. Face à une Amérique encore marquée par la Guerre de Sécession et en pleine Grande Dépression, la tâche de l’avocat est difficile et paraît perdue d’avance. Harper Lee résume d’ailleurs parfaitement le rôle parfois compliqué de l’avocat qui est amené à défendre : (dialogue entre la fille d’Atticus et lui-même) « On va gagner, Atticus ?
- Non, ma chérie.
- Alors pourquoi...
- Ce n'est pas parce qu'on est battu d'avance qu'il ne faut pas essayer de gagner »


Image tirée de l’adaptation au cinéma avec Gregory Peck (à gauche) et Brock Peters (à droite)

En effet, « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » a toujours été un livre controversé notamment par ses prises de position plutôt modernes sur l’égalité. Il critique notamment le jugement de la foule et de la rumeur qui peuvent avoir des incidences sur le jugement de certaines affaires.

Albert Camus avec « l’Etranger » quant à lui prend le point du vue de l’accusé. On suit Meursault, qui, après un « coup de sang » tue un homme et se voit condamné à la peine maximale. Camus souhaite montrer l’absurdité de certains comportements humains ; en bref tout peut arriver…
Il cherche avant tout à faire comprendre que la justice n’existe que pour une raison : les « étrangers » qui ne jouent pas le jeu et les règles de la société. Meursault ne ment, ne se cherche pas d’excuse, il accepte sa sentence.

Les écrivains sont aussi et avant tout des citoyens qui ont pu être des participants au système judiciaire. Le meilleur exemple est celui d’André Gide dans « Souvenirs de la Cour d'Assises ». L’écrivain, choisi pour juger d’un procès criminel en cour d’assise, raconte son expérience en tant que juré et se passionne sur ce qui pousse une personne à basculer vers le crime. Il est d’ailleurs étonné de l’intérêt que portent les français à la justice.
Avec ce texte, André Gide dit d’ailleurs que « l'habit fait le condamné » remarquant que la condition sociale d’un individu est souvent la différence entre la prison et la liberté. Gide comprend ainsi la lourde tâche du juré qui doit juger un accusé certes mais un humain avant tout.

Avant d’être écrivains, les grands auteurs sont avant des citoyens. A ce titre, ils ont donc pu utiliser de leur statut pour prendre position sur certaines affaires judiciaires notamment Émile Zola avec « J’accuse… ! » sur l’affaire Dreyfus (publié dans le journal L'Aurore du 13 janvier 1898).


Une pose digne d’une accusation

En 1894, le Capitaine de l’armée française, Alfred Dreyfus, juif d’origine alsacienne, est alors accusé d’avoir pactisé avec les allemands en leur transmettant de nombreux documents confidentiels et malgré plusieurs incohérences est condamné à perpétuité au bagne.
Zola dénonce un système judiciaire indigne ne respectant pas certains droits de la défense et qui condamne des hommes innocents. Ce texte sera le début d’une nouvelle ère judiciaire notamment avec la création de la Ligue de Défense des Droits de l’Homme en 1898.

Mais parfois ce sont les acteurs de la Justice eux-mêmes qui ont recours à la littérature. Certains avocats ou juges ont pu rédiger des livres racontant leurs expériences et critiquant parfois le système judiciaire.
On peut citer « Bête noire » de l’avocat Eric Dupont-Moretti ou encore « La parole et l'action » de Henri Leclerc.

Ces autobiographies révèlent alors le regard critique que peuvent avoir certains avocats sur le système judiciaire. Eric Dupont-Moretti a d’ailleurs pu exposer son amour concernant les juges : « J’ai rencontré dans ma vie des juges absolument exceptionnels, mais je n’en ai pas rencontré beaucoup ».
Il propose d’ailleurs une refonte du système pour l’accès au métier de juge souhaitant que ceux-ci soient d’abord avocat avant d’être juge.

Il existe sûrement de nombreux livres, autobiographies ou récits qui traitent de la Justice, des juges ou des avocats. S’ils n’y sont pas, cela est du à la culture littéraire de l’auteur de cet article… Soyez indulgents et partagez les livres qui vous viennent en tête à propos du Droit dans la Littérature.

La semaine prochaine sera abordé le cinéma.